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Actualités | Publié le 07/04/2009 à 09:48

Plaidoyer pour une médiation du crédit

La Rédaction


Le 11 mars dernier, Les Matinales des Caisses d’Epargne accueillaient René Ricol, médiateur du crédit, pour une rencontre sur le thème « Crédit des entreprises : vers une confiance retrouvée ? ». Organisé par la Fédération nationale des Caisses d’Epargne en partenariat avec La Chaîne Parlementaire Assemblée Nationale et La Lettre de l’Expansion, ce petit-déjeuner débat a réuni une assemblée nombreuse d’élus accompagnés de leurs collaborateurs, ainsi que de professionnels des métiers de la finance.

En septembre 2008, René Ricol a remis au Président de la République un rapport sur « la crise financière mondiale », conformément à la mission qui lui avait été confiée dans le cadre de la Présidence française de l’Union Européenne. Ce rapport se concluait par trente recommandations pour sortir de la crise avec pour ligne directrice une demande forte de « retour du politique » dans le jeu financier. Fort de son expertise sur le sujet, René Ricol est nommé « médiateur du crédit » le 23 octobre 2008. L’objectif de la médiation est volontariste : ne laisser aucune entreprise seule face à ses problèmes de trésorerie ou de financement. En filigrane, le but quotidien du dispositif n’est autre que de sauver des emplois.
Le bilan au 1er mars est encourageant : 7 161 entreprises on saisi le médiateur du crédit. Sur les 3 265 dossiers déjà instruits, 2 400 sociétés ont pu financer leurs projets. Cela représente 59 263 emplois préservés. Il est important de rappeler que le médiateur du crédit aide toutes les entreprises : de l’entreprise individuelle aux grands groupes en passant par les PME. Néanmoins, on constate que 94 % des entreprises en médiation ont moins de 50 salariés ; 77 % ont au plus dix salariés.

La proximité, clé du succès
Ces chiffres montrent combien les activités de médiation du crédit sont liées à un travail de proximité. René Ricol insiste sur le fait qu’il n’est lui-même qu’un rouage du système, la partie immergée de l’iceberg qui coordonne l’action. Le dispositif se déploie ensuite avec les directions départementales des Banques de France, où les « médiateurs régionaux du crédit » se révèlent être des relais indispensables. René Ricol, lui, ne traite que des dossiers très sensibles. Il insiste en outre sur le rôle crucial des élus pour attirer l’attention du médiateur sur des cas d’entreprises fragilisées dans leurs territoires.

Institutionnaliser la médiation
La réussite sur le plan économique de la médiation ne doit pas masquer des difficultés au plan psychosocial. Lorsqu’un dossier passe en médiation, le chef d’entreprise, les salariés, vivent cet événement comme une humiliation. Or, sauver leur entreprise doit avant tout devenir leur succès. Afin de remédier entre autres à cet impact psychologique, René Ricol insiste sur l’importance de la pérennisation de la structure de médiation du crédit. Institutionnaliser la médiation permettrait de ne plus l’associer à un « accident honteux » lié à une période économique particulièrement difficile. Le succès que remporte la médiation actuellement montre, pour ses défenseurs, qu’elle correspond à un besoin. La sortie de la crise n’interviendra probablement qu’en 2010 ou 2011 : même après, elle restera un outil incontournable permettant de résoudre un grand nombre de difficultés.
Des critiques ont bien entendu été formulées à l’encontre de la médiation du crédit, qui apporterait un soutien artificiel à des entreprises déjà mortes. René Ricol balaye l’objection avec humour, invoquant qu’il ne provoquera jamais des pertes financières aussi importantes que le premier trader venu. Plus sérieusement, il reconnaît que certaines entreprises disparaîtront ; d’autres renaîtront. Mais les quelques 60 000 emplois sauvés en six mois justifient son action.
Cette rencontre avec René Ricol est avant tout une leçon d’humilité et de volontarisme. Il a plaidé pour un libéralisme encadré et des politiques au plan micro-économique en faveur de l’emploi, soit un retour aux fondamentaux. On rapporte que René Ricol conclurait ses appels au Président de la République en rappelant que « la vie est belle ». Il faut rendre grâce à l’optimisme raisonné en temps de crise de ce travailleur acharné.

Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site de la Fédération Nationale des Caisses d’Epargne